Témoignage opération Sleeve gastrique dans Migros Magazine

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«Réduire mon estomac m'a permis de renaître» | 5 janvier 2015

Souffrant d’obésité sévère, Débora a pris une décision radicale à 25 ans: recourir à la chirurgie pour se débarrasser de ses kilos en trop. Un an plus tard, la jeune femme a gagné une nouvelle vie.
Témoignage d’une jeune femme opérée d’une sleeve gastrique, merci à Isabelle de nous avoir transmis cette article!

Rendez-vous était fixé à deux pas de la gare de Vevey dans un établissement bien connu des amateurs de café à l’américaine. La porte franchie, on cherche du regard une jeune femme qui pourrait correspondre à l’idée que l’on se fait d’une obèse récemment opérée de l’estomac. Porte-t-elle des vêtements amples? Se cache-t-elle sous un large sweet? Un coup d’œil sur les clientes attablées en ce début de matinée et on finit par apercevoir une silhouette svelte moulée dans un pull et une minijupe noirs qui nous fait signe.

Assise devant une tasse de café, Débora nous attend. Elle qui, il y a à peine un an, frôlait les 110 kilos pour 1 mètre  66. Obèse sévère, telle était alors sa classification au vu de son indice de masse corporelle (IMC) de 39. Aujourd’hui, le souvenir paraît bien loin. La jeune femme de 25 ans a perdu 37 kilos et affiche des airs de fashionista. «Je me sens super bien. Pour moi, cette opération, c’est une deuxième chance», répond-elle quand on lui demande comment elle vit son impressionnante mue.

Pour comprendre le chemin parcouru, il faut remonter le temps. Fille unique ayant grandi dans une famille portugaise «où l’on mange riche», Débora est en surpoids depuis l’enfance.

«Mon père est cuisinier et, chez nous, la viande rouge, les spaghetti carbonara et les plats en sauce étaient à l’honneur.»

La petite fille est rapidement suivie par une diététicienne, sans succès. A l’extérieur, elle subit les remarques de ses camarades. «A l’âge de 8 ou 9 ans, j’ai commencé à jouer au foot. Les garçons se moquaient de mes gros jambons; ça me faisait mal, mais je ne le montrais pas, j’essayais de m’en ficher, j’étais la fille rigolote.» Pourtant, elle l’avoue, elle ne s’est jamais sentie à l’aise dans cette enveloppe trop grande. L’adolescence lui apporte un peu de répit: «J’ai grandi et mon corps a pris une nouvelle forme. Et même si je pesais 80 kilos, je m’acceptais mieux.»

 

«Un jour, j’ai réalisé que j’étais devenue obèse»

Tout bascule il y a quatre ans. A cette époque, Débora est en première année de HEC et s’apprête à passer ses examens: «J’étais au volant et, tout à coup, je me suis effondrée en plein trafic.» Le verdict est sans appel: elle vient de faire sa première crise d’épilepsie. Quatre suivront en deux ans. Pour les prévenir, la jeune femme se voit prescrire de la Depakine et prend 30 kilos. «J’avais tout le temps faim, c’était l’horreur.»

Au bénéfice d’une bourse d’études, elle échoue à ses examens et finit par abandonner au profit d’un apprentissage de médiamaticienne «par sécurité, car on n’a droit qu’à un seul échec lorsqu’on a une bourse». Son moral baisse de jour en jour alors que sa balance prend l’ascenseur.

«Je n’avais l’énergie pour rien, monter les escaliers me prenait des heures, je souffrais des chevilles. Je ne souriais plus, j’étais devenue aigrie. Mon amie, avec qui je vis depuis cinq ans, ne me reconnaissait plus.»

Le déclic surviendra au travail. «Un jour, j’ai montré à un collègue des photos de moi avant les crises d’épilepsie. Quand il m’a vue, il m’a dit: «Mais, c’est toi?» C’est là que j’ai réalisé que j’étais devenue obèse.» Débora décide de prendre sa situation en main, elle se renseigne et découvre qu’une amie Facebook vient de recourir à la chirurgie bariatrique. «J’en ai parlé à mon médecin généraliste et à mon neurologue qui m’ont tout de suite soutenue.»

Commence un long parcours. Il y a d’abord le choix de l’intervention: by-pass ou sleeve (lire encadré) ? Ce sera la sleeve où l’estomac est réduit de 80% pour atteindre «la taille d’un petit doigt», précise-t-elle. Il y a aussi les cours obligatoires d’information sur les risques d’une telle intervention, le passage devant un psy et, surtout, l’attente: deux ans en moyenne.

 

Une heure pour manger l’équivalent d’un glaçon

La jeune femme a de la chance: cinq mois plus tard, elle est opérée suite à un désistement. C’était le 12 décembre 2013. Débora s’en souvient comme si c’était hier. Elle a d’ailleurs tourné la première d’une série de vidéos visibles sur Youtube quelques heures avant l’intervention afin de témoigner de son expérience.

Quand on lui demande son état d’esprit au moment de se lancer dans une opération irréversible, elle sourit:

«Je suis peut-être naïve, mais j’avais une confiance absolue en mon chirurgien. Tout ce que je voulais, c’était en finir avec ces kilos.»

Deux mois plus tard, sa balance en affiche 19 de moins. Il faut dire que le changement est radical: «Le premier mois, je ne pouvais manger que des aliments mixés. Je mettais une heure pour avaler l’équivalent d’un cube de glace!»

Mais, elle l’assure, elle n’a jamais ressenti de frustration face à cet estomac réduit comme une peau de chagrin. «Au contraire, je me retrouvais à table sans avoir envie de manger. Le plus dur, c’était d’ailleurs de penser à m’alimenter et à m’hydrater. Si j’avais soif, je buvais une gorgée d’eau et devais attendre une demi-heure avant de passer au solide. Aujourd’hui encore, je ne peux pas boire de grandes quantités ni manger de grosses portions.»

Débora doit aussi prendre chaque jour des compléments vitaminés afin de prévenir les carences et effectue tous les trois mois une prise de sang pour s’assurer que son corps ne manque de rien. Sans oublier quelques petits désagréments: «Il peut m’arriver de vomir si je surestime les quantités que je peux avaler.»

Cette nouvelle vie n’a pas seulement eu pour effet de transformer son corps. La jeune femme s’est approprié sa nouvelle enveloppe en se mettant au sport. D’abord au fitness puis à la pole dance. «Je suis devenue accro! Cela m’a permis de muscler mon ventre et m’a aidée à retrouver ma féminité», dit-elle en nous montrant une photo d’elle en brassière où l’on voit apparaître son ventre plat.

Aujourd’hui, Débora affiche 72 kilos et rêve d’en peser 65. Elle le sait, cela prendra encore un peu de temps. Mais la jeune femme n’est pas pressée. A ceux qui pensent qu’elle a choisi une solution de facilité, elle rétorque: «Prendre une telle décision est très difficile. Chaque jour qui passe, je me dis que je dois faire attention. Je sais que ce n’est pas un chèque en blanc et que je peux reprendre du poids.»

© Migros Magazine – Viviane Menétrey

Publié dans l’édition MM 2
5 janvier 2015